Durant le dernier mois, le Moll a été le théâtre d’une transformation profonde. Sous la direction experte d’Agustín Jordán, maître charpentier de marine, et avec le soutien constant d’un groupe de bénévoles, l’Odina a progressivement retrouvé sa structure d'origine au cours d’un processus de quatre semaines mêlant apprentissage, effort et savoir-faire.
Depuis la fin de la campagne de crowdfunding, nous n’avions plus publié d’actualités sur le blog de Goteo, en dehors des messages de remerciements internes. Il est important de rappeler que la campagne a été un succès et que ce financement a permis de solliciter à nouveau les services d’Agustín et de relancer l’activité au Moll, cet espace dédié aux métiers et aux gens de mer. À travers nos profils Instagram et Facebook, nous avons suivi le quotidien de l’activité, que nous vous résumons ici à travers les grandes étapes de la reconstruction.
Semaine 1 : Fondations et structures internes
La restauration a débuté par l'intérieur, avec la préparation de la jonction entre la coque et le pont. L'étape critique a été la fabrication et la pose de la bauquière, la rangée interne qui sert de support aux baux. Ce fut un travail de précision où il a fallu lier les parties anciennes aux nouvelles pièces reconstruites. Une fois la bauquière chevillée et le pont maintenu à tribord, les bases étaient posées pour la phase suivante.
Semaine 2 : Le serre-gouttière et le langage du bois
Au cours de la deuxième semaine, l'attention s'est portée sur le serre-gouttière de tribord (le trancanell). Agustín ne nous a pas seulement guidés dans le travail manuel ; il nous a aussi fait découvrir la richesse du vocabulaire nautique, définissant chaque élément par son terme spécifique. Pour cette pièce vitale, nous avons utilisé du bois de mélèze et, de manière symbolique, nous avons réutilisé les dernières planches de pin qui avaient servi à la restauration du Margaret Alison, assurant ainsi une continuité entre les navires du Moll. Nous avons également commencé la préparation des allonges de voûte (ou jambettes), les pièces verticales qui soutiennent le pavois.
Semaine 3 : Étanchéité et planche d'embossage
L'étanchéité est fondamentale en construction navale. C’est pourquoi nous avons scellé à l'étoupe les joints des allonges au niveau du serre-gouttière, une zone qui deviendra inaccessible une fois l'ouvrage avancé. Ce fut notre première séance de calfatage, l'occasion de découvrir des outils et des techniques traditionnelles.
Ensuite, nous nous sommes concentrés sur la planche d'embossage (le « registro », comme l'appelle Agustín). Malgré quelques imprévus structurels, nous avons réussi à placer et à percer les dalots de la proue à la poupe, garantissant ainsi une bonne évacuation de l'eau sur le pont.
Semaine 4 : Les œuvres mortes et finitions
La dernière semaine a été intense pour achever les œuvres mortes. L'un des travaux les plus délicats a été la création des tenons à l'extrémité des allonges, destinés à s'emboîter de manière invisible dans la partie inférieure de la lisse de plat-bord. Cette union confère une grande solidité structurelle à l'ensemble du pavois.
De plus, en guise de préparation pour les semaines à venir, nous avons eu la chance d'apprendre d'Agustín une technique de calfatage à la portugaise (mélangeant étoupe et coton) pour colmater une voie d'eau sur la quille du Margaret Alison, dont le carénage a coïncidé avec les travaux de l'Odina.
Enfin, le projet a bouclé la boucle avec le remplacement d'une dernière planche de bordé à la proue — une tâche partagée avec les élèves du CFGM qui nous a rappelé que « la dernière planche est toujours la plus difficile » — suivi d'une révision et d'un chevillage final de toute la coque.
Regard vers l'avenir
La structure étant désormais achevée et révisée, l’Odina repose en attendant que le bois neuf se stabilise. Dans quelques semaines, le calfatage définitif sera la dernière étape avant que ce navire ne reprenne la mer, emportant avec lui l'effort collectif et la sagesse d'un métier qui résiste à l'oubli.
Tous ces travaux ont été possibles grâce au financement de la campagne Goteo. Cependant, il reste encore du travail et nous entamons une seconde phase de recherche de fonds directs, à laquelle vous pouvez participer si vous le souhaitez.